Résidence d'écriture
à l'Abbaye de Neimënster
À travers la forêt
Dans un monde où les forêts sont remplies de secrets et où les contes traditionnels se mêlent aux interrogations contemporaines, À travers la forêt suit le voyage initiatique d’une petite fille, Blanche Neige, figée dans l’enfance. Elle se trouve à un carrefour : elle ne parvient pas à grandir, à se comprendre, à trouver sa place…

Après une première résidence à Neimënster qui a posé les bases d’un récit présenté lors des Nuits de la culture d’Esch / Alzette en septembre 2025, cette nouvelle étape se concentre sur le deuxième volet : l’histoire de la mère biologique de Blanche-Neige, figure absente des versions traditionnelles et véritable angle mort du conte.
En révélant le hors-champ de cette femme qui n’arrive pas à enfanter, j’aborderai l’infertilité, les menstruations et les fausses couches : ces blessures trop souvent tues, ces réalités du corps feminin effacées dans les contes parfaits. L’histoire ne commence-t-elle pas par une goutte de sang dans la neige ?
Cette autre femme « muette », porte en elle des douleurs invisibles et révèle son savoir : son sang, sa douleur et ses désirs ont peut-être eux aussi étés étouffés dans l’ombre des récits de princesses et princes charmants. À travers cette double rencontre entre les jeunes générations et les mères blessées, la maternité, la puberté, les douleurs physiques et émotionnelles sont montrées non pas comme des tabous ou des malédictions, mais comme des réalités humaines partagées. Blanche Neige et sa mère échangent, en miroir, est-ce qu’elles ne seraient pas, au fond, la même personne ?
Leurs vies sont-elles séparées par un simple miroir ou par une continuité de générations qui se superposent ? On peut se demander dès lors qui émancipe l’autre ! La résidence permettra d’affiner l’écriture, et de poursuivre la recherche chorégraphique et scénique nécessaire pour faire émerger ce nouveau pan du récit : celui où la mère revient au centre pour raconter ce que les contes ont effacé.
Avec Rhiannon Morgan, je traduirai les images, les métamorphoses et les sensations du texte par la danse. Comme un livre d’images qui se déploie, nous interrogerons avec nos mots et nos corps la fabrication d’une femme : fragments qui se juxtaposent, identités qui se construisent, se défont et se recomposent à l’instar de Blanche neige qui avance à tâtons, se cognant aux branches et s’égratignant aux ronces pour se frayer un chemin.

